Je ne suis la petite-fille de personne

Publié le par Onali

Je ne suis la petite-fille de personne

Le vide emplit l’espace. Ce trou dans la poitrine qui s’agrandit quand les autres en parlent ou l’écrivent pour en garder une trace. Me confronter à ces émotions que je ne connais pas. Penser que je ne les connaîtrais jamais, puisque ils sont morts ou inexistants, est déstabilisant.

Ne pas avoir eu cette relation particulière me fait peur...Serais-je capable de développer une telle relation quand cela sera mon tour ? De développer un lien unique, serein et sincère ? Je ne sais pas. Et je ne le saurais peut-être jamais.

Femme bancale de l’amour vide. Petite-fille qui n’a appartenu à personne.

Petite-fille de personne.

Aucune grand-mère, encore moins de grand-père. Aucun gâteaux confectionnés avec amour. Aucun de ces gestes tendres, aucun éclats de rire qui viennent emplir une maison que je n'ai jamais connu. Aucun souvenir affectueux, aucune protection, aucune écoute attentive et un peu lointaine de mes chagrins d'enfants.

Un gouffre d’amour sans fond. Une blessure secrète, invisible et futile.

Un triste cadeau dès la naissance qu’est l’apprentissage du rejet le plus pur : tu es la fille de…Donc je te rejette. Pourquoi ? Comment ? Pour toujours ? A jamais ? Oui.

Je crie encore ma tristesse insondable face au miroir. Je hurle mon impuissance face à l’ignorance et à l’indifférence de ces personnes qui partagent mon sang. Je suis vide d'amour.

De cette blessure d’enfance jaillit mon insignifiance. Petite chose. Petite pomme tavelée. Fruit pourri tombé de l’arbre honni.

Ils ont dit à mes parents : "Ne te présente jamais devant moi. Je t’ignore. Je te raye de la bible familiale. De mes souvenirs. De mes espoirs et de mes rêves. Tu n’es rien puisque je l’ai décidé. Tu n'es personne,ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans le futur. Disparais."

Poussière tu es, poussière tu resteras. Sans passer par la case amour. Sans te réchauffer aux lueurs apaisantes d’une grand-mère de contes de fées, sans ouvrir de grands yeux devant les gestes lents et sages d’un grand-père biblique.

Je sais que je ne change rien. Je sais que vous m’avez retiré tout droit à profiter d’une famille sans faille.

Maintenant plus grande et plus forte, je peux être décisionnaire d’une question que vous avez tranché avant ma naissance. Je vous absous. Je vous pardonne la bouche pleine de fiel et de rage. Je sais ce que vous êtes et je sais que je suis trop loin pour parvenir à vous toucher. Mais le destin s’en occupe pour moi. N’ayez crainte, je ne viendrais jamais vous voir. Je ne vous jetterais pas un regard si je vous croise. Je me contenterais d’arborer le sourire repu du chat qui vient de manger une souris. Avec dans le cœur, ce vide innommable de savoir que je ne suis pas digne d'être aimée par des personnes que je ne connais même pas.

Et j’attendrais. Jusqu’à la fin. Jusqu’à votre fin. Pour toujours.

Disparaître de ma vie fait de vous des morts en puissance.

Mon texte fait (timidement et sans aucune prétention) écho à celui de Ouiche Lorraine des Moukraines à la Glaviouse : vous le trouverez ici.

Publié dans Complainte

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