Vague

Publié le par Onali

Vague

Anna somnolait dans son fauteuil préféré. Le chat dormait dans son panier et les poissons bullaient tranquillement dans leur aquarium. On entendait le murmure lointain de la circulation et le tic tac de l'horloge mural. Tout était calme, tranquille.

Soudain, d'horribles hurlements déchirèrent le silence environnant. Anna sursauta et se leva prestement du fauteuil. Ses articulations craquèrent et elle trébucha maladroitement sur le tapis. Elle s'avança vers la fenêtre et jeta un œil dans la rue. Les hurlements se firent plus puissants et rejoignirent le concerto de klaxons qui avait lieu plus bas.

Anna découvrit un énorme bouchon qui bloquait toute l'artère principale. Surprise, elle observa attentivement les gens qui couraient en tout sens en essayant d'en comprendre la raison. Des femmes pleuraient, des hommes bousculaient tout sur leur passage, des enfants hurlaient, perdus dans une foule de plus en plus hystérique.

Et Anna comprit. Il l'annonçait depuis tellement longtemps. Les journaux télévisés en parlaient comme d'une grosse blague mais Anna savait de source sûre que ça pouvait arriver. Elle avait été prévenu, elle avait essayé de prendre ses précautions mais à quoi bon ? Anna était une vieille femme, sa vie avait été bien remplie, elle était seule depuis tellement d'années qu'elle ne ressentait qu'une immense lassitude face à la vie.

Son chat était presque aussi vieux qu'elle et ses poissons allaient s'en sortir. Elle regardait les gens hurler, essayer d'échapper à l’inéluctable, mais elle savait intimement que personne ne s'en sortirait. Et surtout pas elle.

Avec un détachement quasi scientifique, elle observait l'eau qui déferlait dans les rues, balayant tout sur son passage. Le grondement des vagues se faisait de plus en plus proche, les gens avaient cessé de hurler comme conscients de la fin.

Son cœur était devenu de pierre, son corps ne bougeait plus, la vieille femme était devenue aussi immobile qu'une pierre. Frappée par l'imminence de sa mort, Anna respira profondément, ferma les yeux et attendit la mort.

Publié dans Partitions

Commenter cet article