Vivre à deux et vivre ensemble

Publié le par Onali

Vivre à deux et vivre ensemble

On nous ment. On trafique nos rêves et nos idéaux. On piétine allégrement nos cœurs et on brise nos amours naissantes.

Sur fond de guerre, de viols, de tortures et de méfiance, le couple oscille entre une croyance évanescente en l’amour et le désir subtil d’être libre.

Cette envie profonde de s’envoler vers des contrées lointaines, pour être certain que l’herbe est bien plus verte ailleurs et que notre couple ne bat pas de l’aile.

On s’engage en gardant notre jardin secret, cette part de nous-mêmes toujours insaisissable et vaporeuse. Comme un contrat à moitié signé ou une carte de fidélité rarement utilisée.

Je vois ma mère essayer de comprendre. De décrypter les nouveaux codes qui régissent le couple, qui essaie de m’expliquer maladroitement comment être heureuse à deux et qui abandonne, perdue, devant nos volte-face, nos revirements incompréhensibles et nos passions enflammées.

Le langage du cœur évolue, il est de bon ton d’afficher une nonchalance discrète, une indifférence feinte devant tout étalage de sentiments.

Comme une mouche que l’on écarterait de notre visage, nous souffletons à la face de nos aimés, leurs émotions gênantes que nous attendons, pourtant, avec impatience.

Personne ne nous donne les clés du chemin pour arriver à l’amour, ultime but d’une vie évidemment.

C’est affligeant de nous voir là…nous débattrent sans fin comme des abeilles prises dans du miel et éviter au maximum l’engagement émotionnel, d’accepter cette vérité sublime qu’est d’aimer l’autre.

Puis, une fois que la personne qui nous correspond le plus est trouvée, il nous reste encore une longue route à parcourir.

Personne ne nous dit que la vie de couple, cette vie à deux que l’on considère parfois comme un luxe, un cadeau de la vie, est difficile et parfois très dur à gérer.

Personne ne nous dit qu’en vivant à deux, une partie de nous s’efface, que l’on commence à faire des demi-choix, que nos compromis et nos concessions sont toujours teintés de gris et que nos personnalités se délitent.

Personne ne nous dit qu’aimer l’autre c’est de ne plus être jamais seul et pourtant connaitre parfois une solitude si intense que l’on en pleure.

Personne ne nous dit qu’aimer à deux, c’est accepter de découvrir que l’on est mieux seul.

Personne ne nous dit qu’aimer l’autre, c’est faire en sorte de poser un mouchoir sur ce qui nous agace le plus et de les voir évoluer en défauts que l’on jugera acceptables au fil du temps.

Personne ne nous dit que vivre ensemble, c’est de s’oublier momentanément pour se sentir utile et désirable. De devenir plus vulnérable qu’autrefois, plus assistée également.

Personne ne nous dit que la vie à deux, c’est passer du « non négociable » à « pourquoi pas », c’est de remiser parfois ses valeurs, ses idéaux et ses principes contre un moment de tendresse profond et gratifiant.

Personne ne nous dit que la vie en couple, c’est la disparition de notre superficialité et accepter que l’autre vous mette à nu, sans artifice, sans simagrées, sans aucune des protections habituelles.

On formera un couple solide et invulnérable mais qui se déchirera devant l’équilibre forcé que nous devons tous adopter.

Vivre à deux, vivre ensemble, vivre en couple est une aventure à part entière, un long chemin entrecoupé d’écueils et de tendresse, jalonné de disputes terribles et de projets qui soudent.

Personne ne nous dit qu’ensemble on est plus fort mais également plus fragile.

Mais que l’amour que l’on éprouve l'un pour l'autre peut nous rendre invincibles.

Publié dans Interludes

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Caroline 29/07/2014 11:15

Je commente ici car un blog se nourrit également de commentaires, pas seulement Hellocoton ^^.

Tout d'abord, je te félicite et te remercie pour ton texte qui touche juste.

Effectivement, personne ne nous prépare vraiment à ce que c'est que l'amour et la vie à deux, mais de fait, j'aurais été frustrée de tout savoir à l'avance (un peu comme un jouet dont on t'explique immédiatement le fonctionnement, sans le plaisir de la découverte). Même si certains moments sont durs, je préfère nettement découvrir des nouveautés (bonnes ou mauvaises, agréables ou formatrices) tous les jours plutôt que de reproduire un schéma qui nous conditionnerait encore plus que nous ne le sommes déjà.
Et puis les découvertes ne se font pas qu'à deux, combien de fois ai-je appelé des ami(e)s pour raconter ou (me) rassurer? Et de voir que tout le monde se ressemble tout en étant tellement différent?

Pour ce qui est de l'équilibre qui se cherche perpétuellement et qui finalement efface progressivement nos personnalités, je trouve plutôt qu'il permet d'adoucir des parts de nous aux arrêtes encore trop vives et coupantes (enfin, je pense un peu à mes parents qui ont subi mon enfance bien plus souvent qu'à leur tour ^^). Même si je suis devenue bien plus conciliante sur certains points, je m'aperçois également que je me suis affirmée sur d'autres et que ces changements subtiles et sur le long terme m'ont permis de me définir de nouveaux buts dans la vie.

Finalement, une vie à deux complète la vie en solitaire et permet d'appréhender les choses différemment. Et rien ne nous empêche de conserver une partie de notre indépendance à savourer, pour ensuite se retrouver avec encore plus de bonheur ^^.

Onali 29/07/2014 16:05

Merci de ton commentaire Caroline, il me touche beaucoup et je le trouve également très juste.
Je suis d'accord avec ce que tu dis, effectivement mon article reste centré sur l'inconnu et les découvertes, le sentiment de lassitude et les déceptions que l'on peut parfois avoir lorsqu'on apprends la vie à deux. On ne les raconte pas assez à mon goût, on reste figé sur l'essentiel qu'est la merveilleuse force de l'amour qui nous pousse à construire de belles choses. J'avais envie de décrire ce côté plus sombre.
Et grâce à ton commentaire, mon article est complété par ton positivisme et ta lumière.
Merci encore !