Pour ne jamais oublier

Publié le par Onali

Pour ne jamais oublier

J’avais quinze ans… Je recherchais de l’amour et de la reconnaissance, j’ai eu pire.

Ça commence par de petites choses.

Ça s’enrobe d’un beau packaging.

Ça se laisse approcher en attendant son heure.

Et d’un coup on se retrouve dans une relation qu’on n’a jamais souhaité, rêvée, espérée, attendue.

Il est là…plus grand, plus fort, plus malin.

Pas nécessairement intelligent, pas nécessairement savant, pas nécessairement attrayant.

Mais pour contrebalancer ses manques, ses défauts et ses tricheries, il paraît sensible, vulnérable et solitaire.

Mon côté maternel et protecteur est titillé. Je suis sensible à son charme un peu gauche et à sa maladresse sentimentale. J’ai envie de l’envelopper dans mes bras, de le réconforter pour effacer ses craintes imaginaires et de lui apporter tout le soutien dont je suis capable.

Quitte à m’oublier complètement. A disparaître dans cette relation malsaine. Je suis étouffée par lui. Son caractère volcanique, sa tristesse latente, ses frustrations qui donnent lieu à des scènes épiques de menaces et de chantages. Je m’enfonce doucement mais sûrement dans un marécage de pensées négatives, d’attentes brutalement contrées, d’espoirs brisés et d’humiliation à répétitions.

Il n’y a pas de violence, de maltraitance physique, de coups ou de gifles. Rien de tout cela.

Il préfère me détruire psychologiquement. Me tuer lentement dans une relation qui m’étouffe.

A coups de déclarations d’amour passionnées suivis des récits haineux de toutes les fautes sentimentales que j’ai accumulées depuis que je suis avec lui. Son impression de ne pas être à la hauteur, son sentiment de n’être rien sans mon regard le pousse à me dénigrer et à m’abaisser plus bas que terre.

C’est fragile l’égo et les sentiments d’une jeune fille de quinze ans. C’est fragile l’amour d’une adolescente solitaire et timide.

Mais je me suis découverte la froideur de la pierre et la dureté du roc. Il a voulu me détruire, me réduire à néant et m’humilier. Il a tenté de se suicider pour me forcer à revenir, il a essayé de piétiner mes valeurs et de me rendre folle de jalousie. Il a tout essayé. Tout. Les appels en pleine nuit pour m’injurier, les interventions des pseudos copains pour me faire changer d’avis, l’ignorance feinte, les actes dangereux, la fuite.

Cependant, c’était sans compter ce que j’avais enduré auparavant. La solitude je la connaissais intimement, les mots qui blessent je les avais appris par cœur, les provocations la haine crachée en plein visage je connaissais.

Il s’est rompu l’échine devant ma force inattendue. Il s’y est cassé les dents.

Il me déteste toujours autant depuis presque dix ans car je lui renvoie ses faiblesses et ses échecs de plein fouet. Impossible d’entamer une conversation posée, impossible de comprendre ce qui lui est passé par la tête pour avoir envie de m’écraser autant. Je ne le saurais jamais.

Il habite toujours chez ses parents, il vit de son métier d’ingénieur dans le BTP, il cherche toujours la trace infime de son humanité qu’il a perdu il y a quelques années. Il est seul. Incapable de nouer des liens durables avec les femmes. Il a peu d’amis. Mais il accuse encore et toujours la société ou sa famille d’être à l’origine de tous ses malheurs. Pauvre homme.

Et pourtant je ne me suis pas vengée. Je n’ai pas cherché à l’abattre, à le faire souffrir ou à lui renvoyer sa solitude quotidienne en pleine face. Non.

J’ai seulement trouvé le bonheur et le respect. Au côté d’un autre qui me protège et me soutiens. Qui rends ma vie plus belle.

Et pour ne jamais oublier, j’ai gravé dans ma peau le symbole de ma liberté retrouvée.

Voilà ce qu’est devenu mon premier amour.

Publié dans Interludes

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