"Les douze tribus d'Hattie" d'Ayana Mathis

Publié le par Onali

crédit image Babelio
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Pour aujourd’hui, voici la présentation d'un livre étonnant et qui ne ressemble à aucun autre.

Le récit nous transporte dans l’Amérique ségrégationniste des années 20, une famille fuit la Géorgie pour s’installer à Philadelphie.

Hattie, l’héroïne, se lance fougueusement dans la vie maritale et met au monde douze enfants. Douze enfants qui dessineront une fresque familiale saisissante et poétique.

Au travers des portraits fulgurants de chaque enfant, se dessine la figure matriarcale et féministe d’Hattie. Elle veut vivre libre et essaie de dénouer le carcan des bonnes mœurs de la société de cette époque.

Au cours du récit, nous notons que la jeune femme reste dissimulée, parfois contournée et même disparaît dans le courant des vies de chaque enfant. On découvre le sordide, l’amour, la survie.

A chaque portrait, les valeurs familiales traditionnelles sont mises en exergue, les choix et les rêves des personnages dansent une ronde folle qui nous étourdie et dont on en sort un peu tourneboulés. Rien n’est flagrant, les trajectoires de vies se télescopent et trace le dessin d’une Amérique noire rude et fascinante.

Le plus de ce livre : on le lit d’une traite, comme un poème dont le sens nous frappe de plein fouet et la compréhension première est facilité par la fluidité de l’écriture. Il n’y a pas de morale, chaque personnage est indépendant et nous donne un aperçu de nos propres choix et de nos propres échecs. Le modernisme des sujets traités (comme la prostitution, le viol, l’abandon maternel, les addictions, l’amour fraternel) est pertinent, sans apitoiement et direct.

Un des seuls points négatifs du livre est le dénouement un peu rapide qui nous laisse sur notre faim. Le personnage principal n’apparaît pas véritablement au cours de l’histoire et ce n’est qu’une fois la première lecture terminée qu’on s’aperçoit qu’on ne sait plus grand-chose d’Hattie (par contraste avec le début du roman, axé sur la jeune femme et ses luttes intérieures).

Ce livre est détonnant et implacable. Un régal !

"La pièce était lumineuse et chaude, et des aiguilles de pin tapissaient le sol. Des pots en terre cuite y étaient posés, certains pas plus gros que le poing et d'autres si grands que Bell aurait pu entrer à l'intérieur. Une table de pique-nique, au milieu de la pièce, était couverte de bouteilles multicolores, de compte-gouttes et de mélangeurs en verre effilés, de mortiers et de pilons en pierre, de flacons contenant des liquides de divers nuances de marrons, de plantes en train de sécher, accrochées à l'envers à une petite claie en fil de fer, et de bocaux débordant de poudres."

"Les douze tribus d’Hattie" d’Ayana Mathis chez Gallmeister.

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