Comme moi

Publié le par Onali

Elle est petite comme moi. Elle a vieilli, comme moi. Elle est indépendante et autonome, a le goût de la discrétion et déteste rendre des comptes, comme moi. Elle aime la solitude, le silence, les paysages paisibles, les bruits de la nature, comme moi.

Son humour, un peu cynique, un peu noir, un peu sarcastique. Comme moi. Son goût pour la lecture, pour la peinture, pour la musique, comme moi.

Il y a quelques années, elle a subi, s’est fait ouvrir, recoudre, brûlée, charcutée, soignée et guérie.Toute seule. Comme une grande. En toute discrétion.

Cette foutue discrétion qui me rend folle. Me met dans une colère noire, me laisse anéantie et seule.

Elle est devenue frêle, celle qui dans mon enfance était solide.

Je me souviens encore de ses bras le matin, de ses mains un peu râpeuses et pourtant les plus douces du monde. De sa tendresse et de son amour. Ces moments encore ensommeillés, tout chiffonné d’une nuit pleine d’aventures.

Je me souviens encore des tresses africaines qui me transformaient en Pocahontas le temps d’une journée. Son regard caché derrière l’obturateur, prenant sur le vif ces moments oubliés.

De sa période planètes et cosmos, rendue vivante grâce au télescope qu’elle possédait. Ma magicienne. Des nuits d’étoiles filantes, sous le ciel sombre, enveloppée dans un duvet, l’estomac plein d’une soupe à la tomate parfumée. Je me souviens des jeux qu’elle inventait sans cesse pour nous. Des tonnes de gommettes, de crayons, de feutres et de papier qu’elle sortait de son tiroir à surprise.

Je me souviens de toujours l’avoir partagé, entre mes frères et sœurs, entre ces centaines d’enfants à qui elle enseignait la vie.

Je me souviens d’avoir besoin d’elle. Toujours. Encore.

Je me souviens de la plage, des longues balades en vélo, en roller, en forêt. Des heures qu’elle passait à nous attendre au bord de l’eau, à faire ses mots fléchés, tenant à disposition le pain, le fromage et les « roux d’or ». Et nous…petits et maladroits, venant nous réfugier près d’elle, nous collant encore humides pour sentir la chaleur de son maillot de bain noir qui avait pris le soleil tout l’après-midi. Je me souviens de son parfum, le fameux N°5 de Chanel, qui pour moi représente la quintessence de la sophistication. Etre une vraie dame. Une vraie femme. Je me souviens qu’elle allait fumer dans la véranda traînant derrière elle un courant d’air froid. Je me souviens des nuits où elle me retrouvait collée à elle, petite souris discrète. Je me souviens de ces cheveux permanentés, puis lisses, puis légèrement bouclés. Revenus au naturel. Comme elle.

Son corps avec lequel elle entretient un rapport difficile, amour-haine, qui me laisse étonnée parce que son corps, moi, je le trouve beau et je l’aime. Ce corps couturé, ces cicatrices de vie et de batailles. D’amour et de combat.

Et cette distance entre nous. Ces non-dits, ces ruptures et cette envie irrépressible de cesser tout contact, mais non de l’aimer. De vouloir la combattre, de me rebeller devant sa vie trop lisse, avoir envie de lui dire d’oser et de tenter.

 D’avoir besoin de vivre sans elle, de me trouver et de la retrouver.

Sans interférences, sans rancœur, sans les inévitables drames familiaux incessants.

D’elle je ne veux que l’amour et la tendresse, dont j’ai été trop vite privé.

D’elle, je ne veux que le meilleur. Sans voir le pire.

D’elle, je n’ai besoin que de son amour et de sa tolérance.

Je ne veux pas voir ses défauts, je ne veux plus voir sa fragilité et les choix qui me révoltent. Entendre en écho ses reproches informulés, avoir peur de sa dureté, et de sa fierté.

Je ne veux pas voir la part d’ombre qui l’habite, de peur de ne plus l’aimer, de ne plus pouvoir la comprendre, de me priver d’elle à tout jamais. t d’avoir au fond de mon cœur, ce grand vide d’amour, me sentir esseulée et triste, sans la femme de mon enfance pour me consoler et me rassurer.

Je veux simplement être la digne fille de ma mère. Sans concession. Sans contrepartie.

Et qu’elle devienne la mère de celle que je suis aujourd'hui.

~~ Dieu ne pouvait être partout à la fois, c'est pourquoi il a créé la mère.~~

Proverbe yiddish ; Sentences yiddishs (1743)

Publié dans Lied

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