Un matin

Publié le par Onali

Un matin

Je marche rapidement vers la gare. J’ai laissé le Chéri et le Chamignon au chaud sous les couettes, encore à moitié endormis.

J’avance d’un bon pas, le train n’attends jamais les retardataires. La brume enveloppe les habitations et étouffe les bruits du clair-obscur, la bruine tombe discrètement et fait briller les bouts de trottoirs sombres. Rien ne bouge. La ville s’éveille en douceur, elle s’étire comme un matou après une trop longue sieste. Encore ankylosée de toutes ces veilles de fêtes et ces repas gargantuesques.

Derrière les fenêtres, j’aperçois quelques rayons de lumière qui dessinent des ombres fantastiques sur les façades.

En un instant je vois : un homme tapant frénétiquement sur le clavier d’un ordinateur, une maman câlinant un bébé, un chat qui saute sur le canapé, un homme au téléphone sur le bord de sa porte. J’entraperçois un sapin de Noël encore allumé et j’entends le joli tintement habituel du carillon accroché à une fenêtre.

J’aime ces petits instants volés quand je monte les escaliers raides de ma rue.

J’accélère le pas. Je croise les mêmes personnes chaque matin. Celles qui ne sont pas en vacances, en congés ou en RTT. Celles qui s’emmitouflent et dont je ne distingue plus les traits. Seulement quelques vagues couleurs. Du gris, du noir, du sombre.

De temps en temps, les vitrines lumineuses éclairent quelques personnes âgées. Leur cabas à la main. Qui attendent déjà devant la poste, la boulangerie ou la banque. Tous sont occupés de ces choses qui font leur quotidien. Et moi je marche toujours.

Je scrute le ciel bas, la silhouette magnifique du vieux château se découpe sur l’obscurité de ce jour pas tout à fait éclot. J’aime le calme de ces matins un peu hors du temps, un peu décalés. Ces moments qui m’appartiennent et que j’aime à penser uniques. Une douceur d’hiver, des petites aventures que je garde dans un coin de ma tête.

Puis les cliquetis des volets roulants résonnent dans les rues, il y a de plus en plus de voitures sur les routes, j’entends un rire, je vois des gens courir. Je descends et monte les mêmes marches, je me faufile vers le bout du quai, j’ajuste mon bonnet et mes 130 couches d’habits. Mon train arrive, il rugit, il grince, il cahote, il fait des étincelles. Je monte, je suis seule dans mon wagon, il fait bon c’est agréable. Je m’assois et le train démarre.

Ma journée vient de commencer. On est le 2 Janvier 2015.

Publié dans Couplet

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