À l'envers

Publié le par Onali

À l'envers

J’ai toujours fait plus âgée que les autres. Je parais plus vieille. Plus mûre. Plus sage.Peut-être que c'est parce que j’ai toujours voulu être adulte. Avoir des responsabilités, être autonome et libre. N’avoir de compte à ne rendre à personne. Ne plus dépendre des uns et des autres. Faire mes propres choix. Ne plus obéir à des ordres idiots, subir des sermons solennels absurdes. Prendre mon envol et respirer.

Je voulais être vieille tout de suite.

Pour cette raison, j’ai toujours envié ces femmes : les quadras, les trentenaires (bientôt), les quinquas, les marrantes, les festives, les sauvages, les mères de famille, les working girls, les pressées, les différentes, les sportives, les bruyantes,, les indomptables, les effacées, les autoritaires, les discrètes.

Elles sont, pour moi, la quintessence de la féminité.

Elles vivent leur vie de façon pleine et entière: belles comme j’aime, elles me font rêver. Sophistiquées ou natures, mariées, en couple ou divorcées, sereines ou névrosées, elles me fascinent. Elles possèdent une force, une sorte d'aura que je leur envie. Comme si avoir cet âge était la solution (à quoi ? Aucune idée). Je sais bien que mon imagination me joue des tours, je lis assez de blogs pour savoir que parfois, la réalité est tout autre. Mais j’ai toujours fait partie de ces petites filles qui regardent les femmes avec de grands yeux ébahis et emplis d’étoiles. Ces petites filles sages comme des images, bien coiffées, jolies et polies (bah oui c'était moi).

Qui touchent respectueusement les bijoux, qui hument le sillage d’un parfum lourd de sens, qui effleurent les habits soigneusement rangés dans le dressing, qui tendent discrètement une oreille pour saisir quelques bribes de conversations secrètes. Timides, presque apeurées.

Je voulais être femme tout de suite. Tellement envie. Profondément. Absolument.

C'est pour ces raisons que je n’ai pas peur du temps qui passe (enfin pas trop trop quoi, seulement de perdre les gens auxquels je tiens).

Je n’ai pas peur de vieillir (on en reparlera hinhin). Je n’ai jamais été belle, même pas jolie. Tout au plus « mignonne ».

Ma beauté ne se fane pas puisque je n'en ai pas. Tout au plus, je m’use un peu sur les bords.

Les rides qui apparaissent sont fines comme un pli sur du papier de soie. Je crois que je suis la seule à les apercevoir. Mes cheveux sont égaux à eux-mêmes (c'est-à-dire inintéressants), mon corps n’est plus aussi ferme qu’à mes vingt ans mais tant que Lui, ça ne le dérange pas, je m’en fiche. Mon enthousiasme se tempère, mes coups de cœur également, mes sourires sont plus rares mais toujours aussi francs. J’essaie, quand même, de m’entretenir un peu, de ci, de là…Une crème de jour, de la marche, des rires et des bons petits plats. Mes fesses et mes cuisses ne me remercient pas.

Il n'y a que lorsque ma famille se réunit que j'observe le temps qui passe. Durant ces moments, je m’aperçois qu’on prend tous un peu d’âge. Que les bébés sont devenus des petits d’homme et des fillettes jolies-mignonnettes, que mon frère ressemble de plus en plus à mon père (OMG portrait craché), que mes sœurs sont moins vives, plus posées, plus discrètes (enfin), que ma mère devient plus sèche, plus mince, plus fine (translucide).

Je ne me vois pas vieillir. Je ne sais pas si c’est un problème ou pas. J’espère que non. Je n’ai pas le temps pour ça, je vous rappelle que je dois vieillir/grandir vite vite…

Je vis en presque accord avec mon époque, je maîtrise la technologie, internet, les claviers "azerty" et les ipods-pads etc...Je suis un peu plus sûre de moi que lorsque j’avais vingt ans (c'est déjà ça). Je me sens moins perdue, moins seule et moins confuse. Je crains moins les surprises du futur, j’essaie d’arrêter d’être dure et intransigeante avec moi-même. Vieillir m'apporte une sorte de paix et un besoin d'harmonie durable et profond (arrête le crack ma poule).

J'espère de tout cœur arriver à ressembler aux femmes altières de mon enfance. Même un peu. Même un tout petit peu (un jour me dit-on dans l'oreillette).

Je me projette sans cesse, je ne vis pas le présent mais je rêve du futur. De mon futur de femme. Sans m'apercevoir que je suis, peut-être, en train de le vivre.

J’apprends, je comprends, je m’émerveille encore.

Et puis j’écris…

Publié dans Couplet

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