Absurdité du Jour...Bonjour !

Publié le par Onali

Absurdité du Jour...Bonjour !

Je suis au boulot. Je tape toute la journée sur un clavier pour entrer des trucs qui génèrent de l’argent pour un grand groupe. Rien de bien passionnant mais il faut bien manger et payer les factures. En tout cas pour quelques mois.

Je partage un bureau avec deux autres filles, l'une est Mme Connasse du Boulot, l'autre est Mme Gentille. Il y a également un bureau collé au nôtre avec trois autres personnes: Mme Vulgaire, Mr Voix d'Enfant et Mr Flippant. Les protagonistes de ce billet sont Mme Connasse du Boulot et Mme Vulgaire.

Les journées passent, sont parfois (tout le temps) un peu longues (surtout depuis qu’ils m’ont ajouté quatre heures en plus ces salopiots), et bruyantes. Extrêmement bruyantes.

Parce que ces jeunes femmes s’expriment avec le ton délicat et envolé de poissonnières en plein marché des Halles. Sans discontinuer. Toute la (sainte/infinie/chiante) journée. Elles parlent fort alors qu’on se trouve, au maximum, à deux mètres les unes des autres. Elles crient au téléphone comme des petites mamies qui n’ont pas l’habitude de ces engins du diable (expression "so vintage"). Elles hurlent pour se faire entendre du bureau d’à côté, qui doit se trouver à environ quatre mètres du nôtre.

Elles s’exclament sans arrêt. Elles parlent tout haut. Mais vraiment TOUT HAUT hein. Elles m’informent de ce qu’elles ont mangé le midi, de ce qu’elles ont regardé hier soir à la télé, des textos qu’elles reçoivent, de leurs vacances prochaines, de leurs petites vies minables et étriquées. Elles réfléchissent en poussant des exclamations d’une voix haut perchée, elles claquent les portes, font tomber des classeurs, me bousculent sans s'excuser, éparpillent leurs dossiers partout, perdent leurs affaires, pleurnichent devant la machine à café en panne (et la nettoyer t’y a pensé non ?), toussent la bouche ouverte (merci pour les microbes), reniflent peu élégamment et font grincer leurs chaises. Elles sont exécrables avec les partenaires, les insultent souvent et une fois en face, deviennent mielleuses et engageantes. Parfois, l’une d’entre elles pleure, fait la grimace ou fracasse un clavier parce qu’elle se sent trop oppressée, pas assez écouté, enfouie sous une montagne de doléances.Je n’ai plus aucune patience parce qu'elles sont irritantes et qu'elles envahissent mon espace vital sans arrêt.

Chaque jour, j’ai une place gratuite pour assister au spectacle de l’absurdité et de la bêtise. Elles ressemblent à des poules qui courent partout en caquetant de manière ininterrompue. C’est la foire d’empoigne des Miss-Regardez-moi, c’est un bruit de fond assourdissant qui fait saigner les oreilles et martèlent la tête cinq jours par semaine.

Elles sont là, bêtifiantes et ringardes, à penser que leurs travaux sont de la première importance et qu’elles sont indispensables au bon fonctionnement du système. Oui c’est certain, le système a besoin de personnes comme ça. Lénifiantes de bêtise, voguant au gré des modes, des tendances, des lavages de cerveaux publicitaires. Je les vois et je me dis que ma vie ne ressemble pas du tout à la leur. Et qu’elles et moi, nous ne nous comprendront jamais.

Toutefois, je leur reproche autre chose que leurs voix stridentes et leurs lamentations exagérées.

Je n’aime pas la façon dont elles traitent les autres. Ceux qui luttent pour survivre et pour vivre dignement. Qui ne sont pas aidés, pas pris en charge par Papa-Maman, qui n’ont pas pris de vacances depuis de (trop) longues années, qui acceptent des boulots alimentaires sapant leurs forces et leurs morales.

Je leur reproche de ne pas essayer de voir plus loin, de traiter (véridique) les employés en contrat précaire «d’esclaves », de ne pas avoir de respect et de courtoisie envers ceux et celles qui s’occupent des petites choses pour faire tourner le grand bordel. De les entendre insulter chaque jour plusieurs personne de notre entourage professionnel et une fois en face, de les entendre leur parler avec une voix douce et sucrée. De voir l’hypocrisie et la crainte qu’on leur claque entre les doigts car fatiguées de ce petit jeu manipulateur qu'elles entretiennent à dessein.

Je leur reproche de rester dans leur petit monde parce qu’aller voir de l’autre côté de la barrière ça fait toujours peur. De ne prendre aucun risque pour évoluer ou entretenir un climat de bonne humeur, d'entente cordiale et respectueuse. Je leur reproche de vouloir se faire une place au soleil en écrasant les autres par souci de préserver leur image, puisqu'elles n'ont rien d'autre dans leur vie. Elles n'ont pas d'amour, pas de confiance, pas de chaleur.

La compétitivité mise en place au sein du service pour lequel je travaille est lourde à gérer. Je ne suis pas une "winneuse", une femme qui rêve de gagner et d'aller le plus loin possible. Je manque singulièrement d'ambition et je m'en excuse. Je comprends tout à fait que l'on puisse avoir envie de plus et de mieux. Mais à quel prix ? Elles font parties d’un Tout et n’aiment pas en voir les morceaux qui leur permettent de tenir debout. Et pas de chance (pour elles ou pour moi ?), je sais, en toute lucidité, que je suis un tout petit petit rouage qui grippe de temps en temps.

Peu leur importe que je ressente leur mépris de plein fouet, elles s’en foutent royalement et me le font voir chaque jour. Me le crache au visage, me le jette à la figure. Elles me rapetissent à leurs yeux afin que je le fasse également aux miens. Elles pensent sans doute ne rien faire de mal, être professionnelle et faire passer le travail avant l'humain. Elles manipulent les uns pour les dresser contre les autres et cela, en tout subtilité. C'est la vie, direz-vous. Et bien justement, la vie je la connais. Je me suis pris des claques, des revers, des mots qui font mal et des blessures que je portent sur mon corps. Comme tout le monde. Je ne vis pas dans le monde des Bisounours, je ne suis pas un chevalier blanc et je n’aime pas brandir le poing pour des choses qui n’en valent pas la peine. Je ne suis certainement pas meilleure qu'elles, j'ai simplement le besoin d'écrire ce que je vis au quotidien. Pour m'évader et reprendre des forces.

Le mépris affiché de ces petites connes me fout en l’air. Cette violence contenue dans leurs mots et leurs pensées m'ahurissent et me font peur.

Comment peut-on ,encore aujourd’hui, être comme ça ? Presque déshumanisée ? Égoïste, narcissique et vantarde ? Tentant de faire payer aux autres une sorte de mal-être dû, sans doute, à leur insignifiance crasse.

Est-ce là le reflet de notre monde, de notre société ? Dois-je tout remettre en question pour atteindre mes objectifs de vie ? Devenir comme elles ?

Quitte à ne jamais aborder le rivage de mes rêves, je préfère rester comme je suis. Mon âme n'est pas à vendre désolée.

Je suis outrée et fatiguée. Et triste aussi. J’ai l’impression de me battre contre des moulins à vent telle une Don Quichotte féminine du boulot.

Plus que deux mois...

P.S: Je suis vraiment désolée pour la longueur de ce billet, et même de cet article devrais-je dire. Et je remercie chaque personne qui aura la force et la patience de lire mes mots. Quelques fois, le besoin de coucher mes émotions de manière un peu longuette est nécessaire et vital.

Publié dans Notes

Commenter cet article

lesdoucesparoles 01/03/2015 15:52

J'adore la manière dont tu as rédigé cet article ! Super facile à lire, vraiment.
Je te souhaite beaucoup de courage pour supporter ces personnes...

Onali 02/03/2015 09:28

Merci lesdoucesparoles, pour ton gentil commentaire et le reste.
Plus que deux mois et après bye bye ! Je m'évade après le boulot en écrivant et ça fait beaucoup de bien !

Sabrina 26/02/2015 13:34

"Chaque jour, j’ai une place gratuite pour assister au spectacle de l’absurdité et de la bêtise."
Rho géniale cette phrase j'adore !
SUPER billet :-)
Ne t'excuse pas de sa longueur, elle est parfaite !
J'ai vécu ce genre de situations pros plusieurs fois, en centre d'appel (boulot horrible) avec burn out à la clef, en stage dans un cabinet de gestion de patrimoine pendant une année puis aujourd'hui encore dans des endroits où je passe en tant que CDD.
Cela a valu dernièrement de me déprimer et la seule solution que j'ai trouvé c'est de fuir ces personnes a la bêtise crasse...malheureusement il n'y a pas d'autres solutions, leurs ondes négatives finissent pas nous toucher.
Courage ! Comme tu dis plus que deux mois, vois-ça comme une épreuve que Dieu t'envoie ^^

Onali 26/02/2015 22:51

Et rappelons nous le vieil adage populaire "il y a des cons partout". Hélas on les attire lol ! Mais restons fermes et droites dans nos baskets et adoptons le mode "roseau": plier sans jamais rompre

Onali 26/02/2015 22:48

Merci pour ton commentaire Sabrina et merci de me rassurer également sur la longueur du billet. Ça me travaillait un peu quand je l'ai écrit...

Zou. 26/02/2015 10:11

Lire ce billet, c'est facile.
C'est toi qui a bien de la patience de supporter ça chaque jour...ou plutôt de prendre ton mal en patience.
Plus que 2 mois! :)

Onali 26/02/2015 10:38

Merci Zou, c'est gentil
Mais je n'ai pas vraiment le choix alors je serre les dents et j'attends que ça se termine. Puis je me dis que moi je pars dans quelques semaines tandis qu'elles doivent rester...