Cette complainte au rythme lent

Publié le par Onali

Cette complainte au rythme lent

Son corps danse et ondule en suivant les chemins sinueux de la musique. Elle se sent à nouveau vivante et attirante. Presque sexy. La chaleur du blues lui entre dans le corps comme un rayon de soleil égaré et la transforme en brasero des nuits d'été. Ce rythme suave la berce d'un réconfort presque maternel.

Elle ressent tout. Le plus infime changement de notes, la variation la plus extrême dans cette voix qui lui murmure toute la tristesse du monde. Ça la met toujours dans un état de sensibilité absolue. Elle hoche la tête, bouge ses hanches et lève les bras comme pour enlacer un amant imaginaire.

Elle ne connaît rien de meilleur que le blues pour soigner son coeur écorché. Pour guérir ses plaies et ramasser les morceaux épars d'un amour passionnel. Dans les murmures éclatants, dans les suppliques dignes que ces chanteuses adressent aux amants qui les ont délaissé, elle ressent le soleil brûlant d'une solitude pleine et entière.

Rien ne l'avait préparé au choc de cette révélation. Elle sait pourtant que c'est la première marche qui la mènera, avec plus ou moins de difficulté, vers la guérison. Son amour est perdu, sa fierté a été piétiné et ses mains sont vides de tendresse. La vacuité de l'amour dissolu est toujours dure à vivre.

Alors les voix éclatantes soutenues par le saxophoniste virtuose l'accompagnent sur la voie de la tristesse insondable et de l'espoir évanescent. Elle a la conviction que cette histoire n'est pas vraiment fini et tout en buvant un verre, une clope à la main, elle se la joue Bessie Smith et pleure son amour perdu.

Le vibrato poignant lui tourne la tête, son corps las se laisse tomber dans le canapé et les larmes qui bordaient ses paupières ont laissé place à une fatigue encore plus grande que son chagrin.

Elle n'oubliera jamais cette désespérance dramatique qui se fait écho d'un coeur brisé.

Publié dans Ballade

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