Contrôle discontinu #1

Publié le par Onali

Contrôle discontinu #1

🌹 Première Partie 🌹

C'est bon. Enfin presque. Quelques touches de blush, mon mascara chéri et mon rouge à lèvre "madame". Quelques gestes légers pour relever des mèches folles et c'est parti.

J'attends ça depuis le début des examens. LA soirée. The party bitch.

On sera toutes là. La bande des biatchs, les majorettes de terminale, les pom-pom girls à l'américaine, les reines du bal. Elodie, Morgane, Sandra et moi. J'ai hâte de les revoir. Cette semaine d'examens a été longue, chacune préoccupée par nos révisions et nos mères à gérer. Bien relou. Mais nécessaire. Après on verra.

Pour l'instant, seul mon reflet dans le miroir m'importe. Être parfaite, tout dans le contrôle sans que rien ne dépasse. Julien me dit souvent que je ne suis pas assez spontanée. Pas assez légère. Il aimerait que je sois comme cette pute d'Amandine qu'il a baisé au Nouvel An. D'ailleurs c'est bien pour toutes ces "qualités" qu'il a réussi à se la faire. Et aussi grâce à tous ces verres qu'elle avait bu il faut bien le dire. Si il savait que je sais ce crétin. Il ferait moins le fier. Toujours à se pavaner, sûr de son charme nonchalant et de son humour ravageur. Une belle prise certe, mais une vraie tête de con. Enfin je ne vous cacherai pas que ça m'arrange, l'intelligence ne fait pas bon ménage avec mon projet, il me fallait trouver un gars beau mais pas malin. Pas difficile mais...assez corsé pour que cela m'occupe quelques semaines.

En vérité il ne représente qu'une partie de mon plan, pas un vrai amour de jeunesse comme ma mère s'amuse à le présenter à ses copines ringardes. Une sorte de tremplin pour que je puisse profiter de mes vacances en toute tranquillité sans mes putains de darons sur le dos. Et Julien va m'y aider. Il ne le sait pas encore mais ce soir je ferais quelques entorses à mes inflexibles principes. On jouera même à touche-pipi si il me ramène ce que je lui ai demandé. Et il sait très bien que c'est dans son propre intérêt d'apporter ma petite surprise.

Il est vraiment trop facile à manipuler. Deux-trois regards énamourės, un effleurement de lèvres et le voilà transi. J'adore ce pouvoir. Jouer à la fille vulnérable, fragile et un peu perdue. Derrière une apparente froideur, lui faire croire qu'un volcan bouillonne. Lui lancer des regards à ébranler une citadelle. Et le voir fondre devant ces petites manipulations féminines.

Mais là n'est pas la question. Les filles d'abord. Le groupe avant tout, Julien n'est qu'un accessoire, certe utile mais pas nécessaire. Un dernier regard au miroir, je prends les clés de mon nouveau cabriolet Porsche (merci Papa) et j'enfile ma veste haute couture.

La musique à fond, les lunettes de soleil sur le nez et le portable dans la main, je me laisse entraîner par le ronronnement du moteur. Premier arrêt chez Sandra. Ma chérie, ma meilleure, celle que je laisse approcher au plus près. Mais jamais trop. Je la laisse croire qu'elle m'est indispensable, qu'elle sait tout de moi et qu'elle représente mon idéal amical. Elle arrive presque à m'émouvoir quand elle avoue mes plus sombres secrets aux autres, secrets savamment distillés dans le seul but de me construire une image très loin de la réalité. Tout prévoir, avancer mes pions et la jouer finement sont mes hobbies préférés. Servis par un amour presque pathologique pour la discipline et le contrôle. Et voilà le cocktail explosif qui agitent mes veines de petite fille pourrie gâtée.

Je ne vous ferais pas le couplet larmoyant de mon enfance choyée par des parents indifférents, élevée par une nounou exotique et trimballée d'internats privés en demeures vacancières luxueuses.

Je ne vous dirais pas non plus quel effroyable traumatisme (quel traumatisme ne l'est pas?) m'a rendu aussi froide aux autres, ni par quels ressorts psychologiques je m'en suis sortie. Ni que je suis suivie depuis dix ans par une thérapeute et que l'aile ouest d'un certain hôpital psychiatrique est ma seconde maison. Je ne vous parlerais pas des cauchemars qui me hantent, ni des cris déchirants qui agitent mes nuits. Je ne vous raconterais pas les innombrables cicatrices qui déchirent mon corps comme la supplique terrifiante d'un écho inoubliable.

Effectivement j'ai quelques problèmes qui me gênent un peu dans la vie quotidienne. Mais rien que je ne puisse franchir encore et toujours. Force est de constater que je suis d'une opiniâtreté qui confine au toc comme me dirait ma thérapeute.

Nous voici arrivées. J'entends les basses fuitant de la maison pendant que je me gare. Les filles s'agitent et pépient, elles sont surexcitées et ont hâte de commencer à oublier ces dernières semaines. Moi aussi.

Nous descendons de la voitures, nous ramassons nos pochettes glamour, rajustons ici et là nos tenues un peu froissées par le trajet et nous nous élançons vers notre jeunesse fulgurante pleine de rêves et d'espoirs.

Voici mon premier texte écrit dans le cadre de ma participation au collectif de l'Atelier des Jolies Plumes. Il est ouvert à tous, n'hésitez pas à écrire à latelierdesjoliesplumes@gmail.com pour participer.

Publié dans LesJoliesPlumes

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