Contrôle discontinu #2

Publié le par Onali

Contrôle discontinu #2

🌹 Deuxième Partie 🌹

La fête bât son plein. Je suis assise depuis quelques minutes face à la piscine et je fume ma clope en contemplant l'eau chlorée. Les bruits sont un peu assourdis, les discussions s'apaisent et les murmures des amoureux se perdent dans le jardin en contrebas. Je suis bien, un peu stone peut-être mais ça c'est grâce au cadeau de Julien, cet enfoiré n'a pas démérité. Je renverse la tête et je regarde les étoiles, prise de ce vertige si banal, celui de se sentir toute petite, presque insignifiante face à l'univers insondable.

La fumette me rends poétique. Parfois ça me permet de reconnecter mes émotions entre elles et de croire que mon âme n'est pas aussi dévastée que je le crois. Parfois, aussi, ça me procure simplement une sorte de bien-être superficiel assez bref et qui me prive de mes facultés de discernement. Pour l'instant ça va, je suis détendue presque calme. Mais je commence à ressentir. Ressentir de vieilles émotions.

Celles que je ne peux garder en moi trop longtemps au risque d'imploser et de me transformer en SuperNova de folie. De devenir dangereuse et incontrôlable.

Bref, je préfère les savourer du bout du coeur et les ranger soigneusement au fond du tiroir aux oubliettes.

Au loin quelques rires résonnent. J'attends que l'une des filles viennent me voir, nous n'aimons pas rester les unes sans les autres trop longtemps. Et pourtant je ne vois personne rappliquer. Étrange. Je me lève et je me dirige vers le bruit ambiant, curieuse de savoir ce qui les retiens.

Je m'avance vers la porte fenêtre et c'est à cet instant que je la vois.

Elle est entourée de la bande. De MA bande. Elle discute avec Sandra, elle rit et imprime à son corps le langage corporel de la fille captivée. Elle sourit, laisse sa main traîner sur une épaule et jette quelques regards autour. En attente de quelque chose peut-être, je ne sais pas vraiment.

Je suis déconcertée. Et fascinée. Cette fille est magnétique. Elle attire tous les regards, elle semble si à l'aise avec les autres, si chaleureuse. Elle est solaire. Oui c'est ça. Elle possède une sorte d'aura qui provoque un séisme d'attentions de toute part.

Elle est lumière. Je ne suis que ombre. Elle touche les gens, elle anime les visages figés et apaise la violence de nos émotions. Tandis que je manipule les uns et que je mens aux autres, je hurle ma souffrance dans le silence le plus complet. Je ne la connais pas et pourtant elle me bouleverse.

Elle est de la trempe des prêtresse de l'ancien temps. De celles qui invoquent les dieux pour apaiser la colère du peuple et qui réussissent à s'en faire aimer.

Je ne suis que ombre et silence, souffrance et violence. Je fais partie de la clique qui essaie de s'élever pour mieux retomber dans le fracas de nos tourments. Une lâche qui préfère tirer les ficelles des pantins au lieu d'affronter ses propres démons.

Elle se retourne et croise mon regard. Un shoot de pure douceur envahit mes veines sans que je puisse réagir. Je reste immobile, j'ai peur de bouger et de briser ce lien. L'instant se prolonge et dure sans que je ne fasse un geste. Les gens se taisent peu à peu, comme dans un mauvais film de teenagers guimauve. Les têtes se tournent et les regards s'interrogent.

Et elle bouge. Ses yeux toujours fixés sur moi, elle s'approche lentement. Elle s'arrête à quelque pas, moi toujours statufiée. Elle penche sa tête comme pour me jauger. Puis après quelques instants, elle sourit doucement et je fonds. Totalement. Intrasèquement. Irrésistiblement.

Tant de lumière et de paix juste dans un sourire. C'est incroyable. Je suis touchée en plein coeur, foudroyée par ce sentiment que je ne m'autorise jamais à ressentir de peur de le perdre pour la noirceur qui me tient lieu d'âme. Je suis terrifiée et je ne sais pas quoi faire.

Je dois lutter au quotidien pour ne pas m'abandonner aux cauchemars qui sommeillent en moi, pour ne pas laisser l'horreur remonter à la surface et me détruire. J'ai gravé dans ma peau l'innommable. J'ai arraché les mots trop durs à prononcer pour les tatouer au rasoir sur tout mon corps. Tellement de peine et de souffrances pour une si petite fille.

Je me demande chaque jour si je trouverais une forme d'apaisement auprès de quelqu'un. Si je pourrais intéragir socialement et émotionnellement sans me morceler et m'oublier dans le désespoir. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je suis déboussolée.

Cette fille représente ce que j'aurais pu devenir. Sans pathos et sans jalousie, je me rends compte que je ne pourrais jamais être comme elle. Insouciante et aimante, lumineuse et légère. Attirante par sa pureté et sa générosité. Je ne suis pas elle.

Mais peut-être pourrais-je me réchauffer à son contact ? Toucher du bout du doigt l'âme solaire pour transformer mon cocon protecteur en chrysalide lumineuse et légère?

Je ne sais pas si j'en suis capable. Mais je veux essayer de toutes mes forces.

Pour cette petite fille qui ne grandira jamais.

Publié dans LesJoliesPlumes

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Commenter cet article

Illyria 04/07/2015 11:16

Chouette histoire, très bien écrite, avec un personnage intéressant!

Onali 04/07/2015 11:24

Merci Illyria

Illyria 04/07/2015 11:13

Chouette histoire, très bien écrite, avec un personnage très intéressant!