Facettes

Publié le par Onali

Facettes

Le maquillage est une armure. Oui une armure. Une forme de protection.

On est revêtu d’une cotte de maille faite de poudre, de crayon et de parfum.

Ça brille, ça laisse un sillage parfumé que l’on goûte légèrement en sortant de la salle de bain. On crayonne un trait rageur sur nos yeux, on dépose des envolées virevoltantes d’abricot pailletées et de framboise irisées sur nos joues et on redessine la pulpe voluptueuse de nos lèvres d’une ligne mate d’un rouge sanguin.  

Le camouflage est prêt, nous sommes parées au combat.

On les voit partout.

Ces flacons attirants, ces bouteilles qui brillent de mille feux, ces étuis colorés et ces tubes comme des bijoux qui s’entremêlent dans une mêlée qui provoque cette envie furieuse de plonger nos mains dans ce coffre au trésor. Ces produits nous sautent à la gorge, nous volent nos regards et fouillent sans pitié dans nos portefeuilles. Ils vont et viennent à leur guise dans notre intimité, s’imposent sur nos étagères et dictent leur lois d’utilisation. On les envie, on les touche et on les caresse.

On frôle de nos doigts tremblants le dernier-né comme on frôlerait le nouveau bébé de notre sœur. On les entoure d’affection et de soin, on ne peut pas vivre sans et gare à celui ou celle qui y touche…Un drame est si vite arrivé.

Ces armes que l’on utilise sans prévenir, on les dégaine et on les braque sur le premier venu. Tant pis pour lui. On veut qu’il succombe, on veut qu’il se laisse tenter, comme une araignée qui tisserait une toile de diamants, on veut l’emprisonner et le garder, se délecter de ses avancées maladroites et le regarder tomber dans les filets dorés que nous avons pris tant de soin à élaborer.

Succomber à notre tentation et baisser la garde devant nos armes si soigneusement camouflées.

Le maquillage est une arme autorisée mais qui ne dissimule que nos artefacts.

Il nous aide à attirer nos proies, à piéger les imprudents mais ne nous est d’aucun secours devant la lucidité de nos vies émotionnelles. Certes, cette arme nous rend habiles et malignes, mais ne nous protège pas de la descente aux enfers qui nous guette toutes au plus profond de la nuit solitaire. 

Ce sentiment anxiogène de tomber sans fin dans le gouffre de nos terreurs et de nos angoisses.

De cet écran vide sur lequel nous inscrivons sans fatiguer la suite interminable de nos échecs, de nos rêves avortés et de nos aspirations romantiques brisées. Comme ces gerbes d’eau qui s’éparpillent brisées par le vent hurlant de l’hiver.

Le maquillage est un traître nécessaire auquel on s’abandonne sans vergogne.

Nous signons toutes un pacte avec le Diable. 

 

Publié dans Notes

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