Rencontre brûlante

Publié le par Onali

Rencontre brûlante

Ce jour-là, j'étais en route pour aller travailler à la manufacture de Séville comme quatre à cinq cent femmes. La chaleur était étouffante, le soleil dardait ses rayons sans répit et malgré ma robe légère, j'avais hâte de trouver un peu d'ombre pour respirer.

Je me dirigeais vers l'entrée et là je ressentis un frisson soudain. Je me retournais et c'est là que je le vis: cet homme aux yeux noirs, grand, tanné par le soleil, au charme sauvage, presque féroce. Il m'attira immédiatement.

J'amorçais un geste dans sa direction mais il se détourna, pas assez vite cependant pour que je puisse ignorer cette lueur inquiétante dans le regard. Comme si j'étais devenue sa proie et lui le chasseur. Troublée et désorientée, je fis mine de chercher un banc pour m'asseoir tout en le cherchant du regard. Je n'avais pas rêvé cette lueur de désir dans son regard ni ce frisson qui m'avait traversé avant même que je sache qu'il m'observait. La chasse était ouverte mais il ignorait que je pouvais également me transformer en pisteuse hors pair une fois ma proie ciblée.

Je l'aperçu soudain à quelques pas, plongé dans une conversation avec d'autres hommes. De près il était encore plus attirant. Son visage portait les traces d'une vie passée au grand air, ses gestes étaient vifs et souples et son corps se mouvait imperceptiblement au gré des autres. Son désintérêt envers la conversation était flagrant mais lorsque j'osais m'approcher un peu plus près de lui, il évita soigneusement de poser les yeux sur moi. Je fus piquée au vif. Orgueilleuse, je l'étais trop me disait souvent ma grand-mère. Fantasque et provocante également.

Je savais excellemment bien joué de mes charmes, de ma peau mate, mes yeux couleurs or, de mes longs cheveux de jais et de ma bouche cerise. Malgré mon jeune âge, je savais attiser le désir d'un homme comme aucune autre. Je savais prendre des mines de petites filles vulnérable, être tour à tour sensuelle et charmeuse, glaçante et distante. L'art de la séduction n'avait plus aucun secret pour moi puisqu'en dépendait ma survie. Je rajustais ma mantille sur mes épaules, fit tournoyer délicatement mon ombrelle, et redressais le dos pour mieux l'apercevoir.

Il quitta soudain le groupe et, en quelques enjambées, fût près de moi. Il me toisa sans l'ombre d'un sourire. Je lui adressais alors ces quelques mots de ma voix la plus douce:

- Je n'ai pas l'honneur de vous connaître Monsieur...?

- Don José et vous êtes Carmen, n'est-ce pas ?

Suffoquée par sa familiarité, je lui répondit d'un ton sec:

- Je ne vous permet pas de m'appeler par mon prénom Monsieur.

Il me regarda sans un mot, avec dans les yeux ce feu brûlant que je connaissais si bien. J'en fût bouleversée jusqu'à la moelle. Il me déshabilla du regard et sans prévenir, toucha délicatement la fleur qui ornait mon chignon.

- Je sais tout de toi. Je t'attends depuis si longtemps. Viens !

Et sans que je puisse faire le moindre geste, il me prit la main et m'emmena. Il se dirigea vers une ruelle sombre et fraîche et une fois à l'abri des regards, il me plaqua contre le mur et me dit:

- Je te convoite depuis des années Carmen. Tu es le trésor empoisonné le plus difficile à atteindre. Mais tu ne me connais pas encore. Je saurais t'apprivoiser et te faire crier grâce.

J'étais fascinée par ces paroles. Subjuguée par ses mains qui effleuraient mon corps sans le toucher. Dans un semblant de parade amoureuse, je sentais son souffle parcourir mon visage, je sentais le poids de son regard sur moi, son corps épousait le mien. Je levais les yeux et lui offrit mes lèvres.

Il les effleura du bout des doigts et enserrant mon visage entre ses grandes mains chaudes, il m'embrassa fougueusement. J'étais à lui, sans discours et sans bataille.

J'étais irrémédiablement à lui dans une reddition totale.

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